80 milles. Comme d’habitude, nous profitons du vent pour changer de lieu de vie. Nous décidons de larguer les amarres lundi soir et naviguer la nuit pour que les enfants subissent moins le trajet. Il est prévu 15 nds de Nord-Est dans la nuit de lundi à mardi puis plus aucun vent jusqu’à la fin de la semaine. Cette fois, nous préparons mieux la vie à bord pendant la navigation et impliquons plus les enfants dans la préparation du bateau. Pendant qu’Alice et Timothée préparent le dîner en autonomie, Paul remplit les gourdes et Alexandre prépare les voiles et le pont avec Antoine. De mon côté, je range avec Juliette et prépare des caisses à mettre sous la capote extérieure pour tout avoir à portée de main : Une caisse de pulls, couvertures et cirés des enfants, une caisse de jeux et coloriages, et une caisse pour Antoine et moi : lampe frontale, tenue chaude pour la nuit, livres et trucs à grignoter pour les quarts. Nous avons une liste des choses à préparer, et chacun coche ce qu’il a fait au fur et à mesure. Nous ne partons qu’une fois toutes les cases cochées.



A 18h, nous sommes parés. Paul aux commandes du guindeau, Alexandre surveille et Antoine guide, nous voilà partis.


Après un soleil de plomb tout l’après-midi, les enfants mangent leurs croque-monsieur sous la pluie. Pour autant, vu les vagues, personnes ne veut manger à l’intérieur !
Une fois les enfants endormis, nous faisons un rapide point sur la navigation, avalons un bol de riz et commençons les quarts. Je file me coucher la première, et laisse Antoine se débattre seul sur le grand bord de largue dans un vent instable, tombant et basculant sans cesse. Il me réveille à 1h30, alors que le bateau file à près de 10 nds dans 25 nds de vent, monté d’un coup. Je saute dans mon sweat et ma brassière et le rejoins sur le pont, prête à réduire la toile – gros avantage des navigations en pays chaud, habituellement, en Bretagne la nuit, on ne saute pas dans son sweat, on saute dans son sous-pull, son pull, son écharpe, ses chaussettes, sa salopette, son ciré et ses bottes. Antoine décide de ne pas réduire tout de suite mais d’abord empanner en espérant que le vent sera un peu moins fort en se rapprochant de la côte. Belle intuition, après un empannage au poil, le vent retombe à 15 nds en quelques minutes. Très étrange cette ligne nette de survente au large.
A mon tour de piloter, bateau calé au grand largue à 7 nds, ciel dégagé, il n’y a plus qu’à veiller et profiter. Vers 3h, la brume s’installe. Très surprenant, la brume la nuit. On ne voit déjà rien dans le noir et pourtant on sent la visibilité se réduire. Les étoiles disparaissent, la température descend, l’humidité s’infiltre, tout devient moite, et les feux de navigation forment un petit halo qui éclaire le nuage. Il fait noir et pourtant l’atmosphère devient blanche. Là, on croise les doigts pour que les bateaux alentours aient bien l’AIS qui nous permet de les voir sur la carte à l’écran, car dehors, aucune chance de les anticiper. Plus étonnant encore, quand nous sortons du nuage vers 4h, nous nous sommes comme prévu bien rapprochés de la côte, et en quelques secondes toutes les lumières de villes, les phares et éoliennes apparaissent en même temps que la lune et les étoiles. Puis c’est mon tour de dormir. Antoine me réveille pour l’arrivée à Camarinas au petit matin. Il a tout préparé, voiles rangées, aussières et pare-battages en place, je n’ai plus qu’à descendre sur le ponton amarrer le bateau et retourner finir la nuit, en espérant un réveil tardif des enfants.
