Au départ des Antilles, pas mal de nos bateaux-copains ont découvert de petits passagers clandestins logés par centaines dans les cloisons. L’angoisse de tous les marins outre-Atlantique. Arrivés aux Açores, nous pensions être passés au travers et être tranquilles pour cette fin de voyage. Après avoir un peu déchanté suite au passage sous notre nez d’un énorme spécimen lors d’une visite de musée à Ponta Delgada, et de plusieurs cadavres aperçus en se baladant dans les rues, nous n’avons pas pour autant remonté la garde, se pensant bêtement immunisés contre ce fléau. A une semaine de notre départ, je remplissais pour la dernière fois le « placard à souvenirs », plein de divers achats, bibelots, épices, et alcools locaux à rapporter à la maison quand il est passé sous mon nez. Environ trois centimètres, assez petit (les pires paraît-il), brun légèrement irisé, rapide, à peine le temps de réaliser qu’il avait disparu derrière les vaigrages. Notre premier cafard.
Premier vu n’est pas synonyme de premier embarqué. Est-il tout seul, monté à bord ce matin même ? Ou bien est-il un descendant d’une grande colonie déjà installée sur Jojo ? Plusieurs options s’offrent à nous : nous pourrions vider entièrement Jojo et mettre des fumigènes, seule méthode à peu près efficace, ou bien nous pourrions laisser nos affaires et mettre des pièges, cela nous permettrait d’évaluer l’étendue de l’invisible infestation… Nous avons opté pour une autre méthode plus personnelle : l’autruche. J’ai bombardé de spray insecticide le petit trou par lequel notre ami a disparu. Nous parions sur le fait qu’il était seul et qu’il n’a pas survécu. Pari osé.
