Le 6 juillet 2024, nous larguions les amarres depuis notre ponton breton, en route pour une aventure un peu folle, un peu effrayante, et un peu excitante. Voilà un an que nous vivons cette aventure qui s’est avérée complètement folle, parfois effrayante, parfois excitante, très épanouissante, et carrément épuisante. Ce qui marque cet anniversaire ? Que des sensations paradoxales : j’ai hâte de rentrer, hâte de voir les amis, la famille, hâte de retrouver un rythme de vie, mon travail, ma maison, mon réveil à heure fixe (une seule fois par jour, pas celui qui sonne toutes les vingt minutes pendant les quarts), mon piano, mon groupe de musiciens, ma solitude à la maison quand chacun vaque à ses occupations, qui à l’école, qui sur le port, qui à la crêche. J’ai hâte de découvrir une nouvelle vie sans bébé, où chaque enfant ira à l’école, et même Alice au collège. J’ai hâte de retrouver le confort d’un quotidien sédentaire avec lave-linge, lave-vaisselle, baignoire et douche chaude à volonté. J’ai hâte de retrouver notre quotidien envahi par la famille, les récits de journée des enfants au dîner, les cartables, les listes pour ne pas oublier le kimono, les baskets ou le sac de piscine, les sorties d’école, les réunions au CMS, et les plannings à sept colonnes par jour. Je suis heureuse de voir ce que nous avons accompli, heureuse d’avoir su mener Jojo et son petit équipage de l’autre côté de l’océan, et heureuse de toutes nos découvertes. Et pourtant je suis triste. Triste de rentrer, triste de retrouver un rythme de vie, triste de quitter Jojo, de s’arrêter. Triste de retrouver mon lave-linge, mon lave-vaisselle et mon supermarché. Triste de ne pas aller plus loin, de ne pas avoir su aller au bout. Triste d’avoir dit au revoir à tant d’amis, certains avec qui nous avons vécu tout le voyage, d’autres croisés quelques fois, parfois une seule, et avec qui, les uns après les autres, nous avons passé tellement de bons moments cette année. Les Charentais de Camarinas, Jean-François et Valérie, qui ont été les premiers de ce périple à nous inviter à leur bord. Dominique, Pascale, Augustin, Enzo et Isham, la famille qui nous a ouvert les portes de sa maison à Madère. Viviane et Sylvain de Babalu, et leur chaton Rosy, couple de Québécois pleins de vie, copains autant avec nos enfants qu’avec nous. Céline, Vincent, Mathias et Loris, les suisses de Matlo partis vers l’Amérique du Nord, Alice et Timothée réclament encore à chaque escale quand est-ce qu’on vous retrouvera. Michel et Sabine, de Mille Sabords, jeunes retraités hyperactifs, qui nous ont aidé à digéré notre manque d’apéro-rugby à la maison en partageant la finale du top 14 à Ponta Delgada, ainsi que leur acolyte Ronan de Wake Up, passionné de globicéphales (nous n’oublions pas l’invitation, et comptons bien vous envahir dans le Sud un de ces quatres!). Marion, Samuel, Emile et Marilou, sur Alado, la famille tour-du-mondiste-par-l’Antarctique qui a eu la gentillesse de ne jamais nous traiter comme les bizuths fiers à bras que nous sommes et avec qui nous avons découvert Sao Miguel. Les amis croisés lors d’une seule escale, Agnès, Romain, Quentin, Léa et Clémence de Minipouss’, à Marie Galante, et Rémi, Sophie, Margot, Clémence et Juliette de Trinidad, en Dominique. Toute l’équipe du ponton des français à El Hierro, pour la plupart jamais revus : Océan Zéro, Kassoumai, Oukiva, Galatée, Nomade, Mareluna, et ceux de Boa Vista et Mindelo : Kalymnos, Helios, Mérité, Ribambelle, Harmattan, Cistude… Et puis ceux avec qui nous avons passé beaucoup de temps, ceux en fonction de qui nous choisissions parfois nos escales, Pénélope, Pierre-Yves, Gustave et Adèle de Déambule, chez qui le capharnaüm mis par Alexandre et Paul n’a jamais abîmé le sourire de Pénélope. Thomas, Camille, Marius et Paula de Williwaw grâce à qui Timothée a appris à nager. Et enfin Maïté et Adrien, d’Escale, nos amis Belge, les plus jeunes de la bande, qui malgré toutes les mésaventures du début ont su garder le cap et l’énergie, tant pour naviguer que pour se coltiner les gosses des autres dans les pattes pendant leurs randos ou leurs baignades, ils ont même organisé des ateliers à bord pour nous libérer ! A vous tous, ami d’un jour ou d’un an, je ne sais pas si j’ai hâte de vous revoir ou peur de vous revoir. Le voyage n’aurait pas été le même sans vous, c’est probablement encore plus vrai pour les enfants. J’ai envie de garder le contact pour faire durer un peu l’expérience dingue que nous vivons, et j’ai peur des retrouvailles hors contexte. Parler de météo avant une traversée d’océan, c’est passionnant. Parler de météo autour du barbecue à Vannes, c’est carrément l’angoisse. Dans le doute, la maison vous sera toujours grande ouverte.
