Depuis hier, nous scrutons l’horizon, à la recherche des baleines. Les Açores en sont le royaume. Les ports regorgent de devantures touristiques vendant à prix d’or des excursions whale-watching. En six semaines là-bas, nous n’en avons pas vu une seule. Et malgré notre faible vitesse dans une météo clémente, nous commençons à étre loin des Açores. Les baleines resteront probablement dans la case des animaux que nous aurions aimé voir de plus près. Plusieurs fois dans la journée, nous avons été interpellés par des mouvements au loin, avons espéré, scruté, ameuté les troupes, pour finalement se trouver face à des dauphins. Des groupes de dauphins, qui suivent le bateau et sautent autour de nous, et chaque fois, nous avons été déçus. Le voyage nous a rendu bien snobs. « Ah, non, ce ne sont que des dauphins. » Et chacun retournait à ses occupations. Sauf Juliette, qui les adore. Encore plus fréquents que les dauphins, des oiseaux par dizaines nous ont tourné autour toute la journée, appâtés par mon petit calamar en plastic brillant camouflant un hameçon gros comme mon auriculaire, si bien que nous avons dû plusieurs fois remonter la ligne, de peur de pêcher une proie dont nous n’aurions su que faire. Nous avons même fini par abandonner la pêche avant de se retrouver dans l’embarras d’un canard traîné par le bec à l’arrière de Jojo. Les dorades tant espérées – tout de même moins que les baleines – resteront donc aux abonnés absents de cette belle journée. Pour notre plus grand bonheur, les cafards tant redoutés entrent eux aussi dans cette catégorie fantôme, d’animaux invisibles.
Faute de dorade, c’est autour d’une marmite de pâtes à la carbonara que nous dînions tous les huit dans le cockpit lorsque le bruit d’un souffle de cétacé nous a fait sursauté. Là, sous notre nez, à moins d’un mètre de la jupe de Jojo, est sorti le dos d’une orque surmonté de son gigantesque aileron noir, suivie par deux de ses congénères. Tranquilles.
