L’hiver aux Antilles… et après ?

Nous essayons d’anticiper tout ce qu’il est possible d’anticiper, mais nous pourrons toujours mettre des filets de sécurité partout dans le bateau, attacher les enfants, dépenser une fortune en pharmacie, avoir mille diplômes à nous deux (mille Larmina ?), prendre tout notre temps pour optimiser la météo, et regarder des reportages sur les attaques d’orques, il n’en demeure pas moins qu’une fois outre-Atlantique, il va bien falloir revenir, et il se trouve que la traversée du retour s’annonce une partie compliquée. Pour faire court, si nous traversons au Sud nous augmentons nos chances d’avoir du beau temps, mais ce sera du beau temps face au vent, et si on remonte pour avoir des vents portants, ce sera dans la tempête. Une route New York – Dublin, ce serait probablement 40 nœuds de vents portants, un gros surf de quelques jours et le tour est joué… pour les équipages de course au large pourquoi pas, mais sur un Dufour 455 avec cinq enfants, certainement pas. Ou bien nous pourrions aller jouer carrément au Nord, longer la côte Est américaine, le Canada, l’embouchure du Saint Laurent, puis la pointe Sud du Groenland, l’Islande et l’Europe du Nord, nous découperions alors la traversée en plusieurs étapes et n’aurions jamais plus de 700 milles à faire entre deux escales. Oui, quand les enfants seront grands et que nous pourrons partir tranquillement à deux. Pour l’heure, s’il faut ajouter à bord les paires d’après-ski, les combinaisons, moufles et autre chauffage à l’huile dans le bateau, il va falloir choisir qui on emmène, car à sept ce ne sera pas possible ! Nous avons donc opté pour le classique Antilles – Açores – Europe, en essayant d’optimiser la météo. Il va nous falloir aux alentours de trois semaines pour atterrir aux Açores, donc nous ne pourrons pas avoir de prévision météo fiable pour toute la traversée au moment du départ. Alors voilà le plan :

  • Traverser après le 15 mai, pour limiter le risque de passage de grosse dépression dans la zone, mais avant le 15 juin pour éviter le début de la saison des cyclones aux Antilles.
  • Attendre que les prévisions n’annoncent pas de grosse dépression sur la route pour larguer les amarres. La fourchette d’un mois du 15 mai au 15 juin devrait être suffisante.
  • Longer le Nord de l’anticyclone des Açores pour être le plus possible au portant, et plonger vers le Sud en cas d’arrivée de dépression, tant pis si ça rallonge la route.
  • Toujours regarder les prévisions météo largement à l’Ouest même si c’est derrière nous, c’est de là qu’arriveront les dépressions. Plus nous les verrons tôt plus nous aurons de chances de les éviter, car notre bateau n’est pas très rapide. La pire configuration possible, ce serait la dépression non anticipée qui arrive de derrière et nous rattrape d’Ouest en Est, en passant juste au-dessus de nous. Nous risquerions alors d’avoir des vents très forts et seulement deux options : soit partir en fuite au portant, ce qui nous orienterait vers le cœur de la dépression et aggraverait notre situation, soit fuir le centre dépressionnaire pour sortir de la tempête en partant au près dans des vents déjà violents. En bref, nous aurions le choix entre aller dans le sens du vent mais dans une tempête plus violente, ou fuir le vent mais en l’ayant de face. Si j’ai le choix : ni l’un ni l’autre ! Nous essaierons donc de passer sous les dépressions, nous n’aurons probablement pas énormément de vent, mais nous préférons une longue et paisible traversée qu’une courte bataille, il suffira d’avoir en tête dès le départ que cela risque d’être très long. Si l’avitaillement est suffisant, que les esprits sont préparés, et que personne n’a d’avion à prendre à l’arrivée, pas de problème.

Dans tous les cas, si certains visiteurs du site envisagent des voyages comme le nôtre, je recommande le stage de météo de l’ENVSN à Quiberon :https://www.envsn.sports.gouv.fr/formation.fiche-COURT-MTO-HAUT


La situation actuelle, en plein dans la saison à laquelle nous comptons traverser l’an prochain :

Un bel anticyclone (le H au milieu), ancré dans l’Atlantique juste sur notre route, au dessus duquel nous aurions des vents de Sud Ouest puis Ouest, parfaits pour une route vers l’Est. Il est même un peu haut pour aller aux Açores en direct, si la situation est identique l’an prochain, nous devrons le contourner par le Nord.

Au dessus, une jolie ligne de dépressions (les trois L du Canada à l’Irlande) qui se déplacent d’Ouest en Est en restant bien au-dessus de notre route souhaitée, comme ce devrait être le cas une grande partie de la saison. Notre préoccupation étant qu’aucune d’entre elles ne prenne une trajectoire plus au Sud entre le 15 mai et le 15 juin 2025. Mémé Météo si tu nous entend !


Explication du piège en images :

J’ai écrit « Jojo » sur les images, mais c’est un autre Jojo. Comme vous l’avez compris plus haut, Jojo le Requin, lui, ne fera pas ça.