Lundi, c’était assez tranquille, j’avais toujours en tête mon super-planning. Il me restait donc trois semaines pour vider la maison et charger le bateau, avec du rab pour pouvoir aider Antoine au chantier dès que nécessaire. Nous avions eu une petite frayeur lundi matin car la crèche n’était pas sûre d’ouvrir faute de chauffage, à cause de travaux dans la rue et de coupures d’électricité programmées (oui oui, je parle bien de lundi 17 juin… quand on coupe l’électricité dans le dortoir de la crèche il faut des combinaisons de ski pour survivre aux températures pas très estivales). Fausse alerte, il n’a pas fait si froid, Juliette a pu vivre sa vie de son côté et nous laisser travailler. J’ai donc commencé à vider la maison (En fait cela consiste à tout mettre au grenier. Ou à la poubelle, selon l’humeur). Pendant ce temps, mon père est venu aider Antoine au chantier et tout était dans les temps.
Mardi ça s’est un peu gâté. Au programme, un nouvel aller-retour à Lorient pour vacciner Juliette contre la fièvre jaune. Nous avions tous eu rendez-vous au centre des voyageurs quinze jours auparavant, mais le médecin avait refusé de vacciner Juliette car son ROR était trop proche, il faut trente jours d’écart entre les deux, il n’y en avait eu que vingt. Pendant ce temps au chantier : expertise du bateau par l’assureur. Etape obligatoire, simple formalité, un expert étant déjà passé au moment de l’achat. Sauf que celui-ci, un peu tatillon, a trouvé que la fissure dans le fond du carré nécessitait vérification. Nous connaissions cette fissure, d’après plusieurs regards expérimentés elle ne concernait que le contremoule et n’avait aucune importance. Cependant quand l’expert décide qu’il faut vérifier… et bien il faut vérifier. Entendez par là : poncer pour voir jusqu’où ça va. Là, j’ai commencé à regretter l’anticipation, parce que pour poncer cette fissure il fallait démonter le banc du carré dans lequel j’avais déjà mis une bonne partie de l’avitaillement. Et comme on ne devait plus trop bricoler à l’intérieur du bateau, j’avais déjà bien aménagé. Cadres, déco, jeux,coussins… Le top à côté de la ponceuse. La prochaine fois, je ferai tout au dernier moment.
Et puis, on est sereins, mais quand même, si cet expert veut absolument verifier… est-ce qu’on est bien sûr que ce n’est rien, cette fissure ? Si ce n’est pas « rien », à quoi va ressembler la suite du programme ? Pas grand chose me dit Antoine : réparer la fissure. Entendez par là : retirer la quille pour pouvoir réparer la fissure, puis tout remettre. Une semaine de boulot. (Pas grand chose ?!?!)
Plus de peur que de mal, la fissure était bien superficielle, et ils ont super bien protégé autour, tout est nickel.
Mercredi, Alice, Timothée, Paul, Alexandre et moi sommes allés au centre de loisirs de Plescop présenter notre voyage aux enfants. Ils ont prévu de suivre Jojo toute l’année. C’était top, nous leur avons montré la carte marine de l’Atlantique Nord, et leur avons appris à reporter une position GPS dessus. Ils ont posé plein de questions sur le bateau, la vie à bord, l’avitaillement, les éventuelles avaries… Alice et Timothée se sont bien prêtés au jeu, ils ont beaucoup aimé répondre aux autres enfants. C’est très rassurant pour eux de savoir qu’ils seront suivis par leurs camarades et ne reviendront pas comme des petits nouveaux l’an prochain. Merci Laetitia !
A partir de jeudi, je ne sais pas ce qu’il s’est passé, sans doute le contrecoup de cette fissure qui aurait pu nous mettre très en retard. Notre état d’esprit a complètement changé. Nous sommes passé d’un coup de « pas prêts mais c’est normal, personne n’est prêt quinze jours avant de partir » à « il faut qu’on s’bouge ! ». Alors on a recruté le soleil et les copains, et en quelques jours, les cases du programme se sont cochées à vitesse grand V. De jeudi à dimanche les équipes se sont succédées et en quelques jours le grattage-ponçage d’antifouling est terminé (merci Nils ! ), le dessalinisateur est à poste (merci papa !), le bateau est devenu gris puis blanc puis gris puis blanc puis gris puis rouge (cinq couches de primaires epoxy puis le nouvel antifouling – merci Johanne, Adèle, Amandine et MP !), l’éolienne est en place, les derniers câbles électriques passent dans les cloisons, les barres sont opérationnelles, le bateau a un nom, les bouteilles de gaz rentrent dans leur emplacement (oui oui papa, avec un outil multifonction tout passe !), la drisse de grand-voile n’est plus emmêlée dans les haubans, le bois pourri du banc arrière à dégagé… et la maison est quasiment vide, il reste à faire les chambres des enfants et le garage.
Et puis vendredi soir, nous avons dormi à l’île d’Arz pour fêter le départ d’Antoine. Un pot de départ chargé de symboles, car c’est un peu là-bas que tout a commencé pour nous il y a dix ans.
Il y a quand même eu une mauvaise surprise… quand on range le matos après la journée de boulot, on sort nos affaires du bateau, on compte et on attache les enfants dans la voiture, on vérifie qu’on a tout le monde mais on arrive à la maison et on voit qu’il manque un sac. Pas de bol c’est celui de l’ordinateur, apporté pour occuper les enfants au cas où. Pourtant on aurait juré l’avoir sorti du bateau… aller-retour au chantier à 22h, plus de sac ni dans le bateau ni sur le parking. Pas grave, toute prévenante que je suis, j’avais une copie de tout sur un disque dur. Ah oui, le disque dur sur lequel on stocke les films. Celui-là même que j’avais apporté pour pouvoir mettre un dessin animé aux enfants… et qui de fait, était aussi dans le sac oublié puis disparu sur le parking du chantier. C’est quand même bête de perdre l’ordinateur et le disque dur en même temps !
Pendant ce temps-là la vie hors du chantier a suivi son cours comme un mois de juin de famille nombreuse : mardi soir spectacle de fin d’année de l’école de cirque pour Paul et Timothée, jeudi matin accompagnement de la sortie scolaire d’Alexandre, jeudi après-midi rendez-vous avec la maîtresse d’Alice pour un bilan de l’année et quelques conseils pour l’école à bord l’an prochain, samedi après-midi goûters d’anniversaires chez les copains pour Paul et Timothée, samedi soir fête de fin d’année du club de basket, et dimanche, Alexandre a fêté ses trois ans (bougies et cadeaux au petit déjeuner, pour pouvoir laisser Antoine partir au chantier).
Demain on recommence ! La valise de Paul est prête pour ses deux jours de classe de mer, Juliette aura ses derniers vaccins mardi, je rencontre les maîtresses de Timothée Paul et Alexandre jeudi, et enfin concert de fin d’année de Meriadec vendredi. Les équipes sur Jojo sont déjà prêtes, Camille se rajoute aux ildarais lundi, Xavier et Martha à partir de mercredi, avec Françoise et Jean au baby-sitting, et Hélène, Claire et Juliette arrivent ce week-end. Si ça se trouve notre dernière semaine vide sur le planning sera vraiment vide ?







