Madère, ou le choix entre barre et pilote

Après une bonne semaine de pause à Calheta, où le programme s’est résumé à plage-glace-farniente (enfin farniente, en breton, ce n’est pas farniente à l’italienne, disons qu’au lieu de mille choses par jour on n’en fait que quelques centaines, entre les repas, la vaisselle, l’école, les lessive à la main et occuper les enfants…), nous voilà repartis à la découverte d’autres paysages. Nous sommes allés nous essayer aux mouillages « un peu rouleurs » de Madère. Le premier test : la baie d’Abra. Magnifique. Il y avait bien le petit roulis annoncé, et malgré une bonne tenue de l’ancre, nous ne sommes jamais très sereins la nuit quand c’est mouvementé. Nous garderons tout de même un joli souvenir de cette anse presque déserte. Puis rendez-vous ce matin avec le mécano de Quinta do Lorde, départ à 9h, pour une quinzaine de minutes de moteur avant d’être amarrés au ponton juste en dessous de l’atelier. Nous démontons tout le système de barre et apportons la pièce, le type, très efficace, nous la répare en fin de matinée.

Une fois les enfants couchés, nous commençons une séance bricolage à 22h pour tout remonter (oui, 22h, c’est toujours les soirs où nous avons besoin qu’ils dorment qu’ils deviennent des fauves). Antoine, à la lampe torche, commence à remettre le système de barre en place. J’essaie de participer. Pas la place pour deux couchés dans le coffre… Quand il sort du coffre, je tente à nouveau ma chance, je n’y connais rien et le regarder faire, je propose mon aide, il n’en a pas besoin. Alors je regarde, mais je me sors une bière et un petit sachet apéro de maïs grillé (ce truc me fascine : comment grillent-ils le maïs sans que cela devienne du pop corn ?). Bingo, ce n’était pas le but de la manip’, mais je crois que le croustillant pendant qu’il bosse l’agace, alors il me trouve des trucs à faire. Je tiens la lampe, j’apporte des outils, et au moins j’arrive à suivre ce qu’il fait. Maintenant, si c’était à refaire, je pourrais me débrouiller. Nota bene pour la prochaine fois, trouver un truc exaspérant pour avoir une place à bord. J’essaierai avec une cigarette, il déteste tellement quand je fume, il suffira que je sorte un briquet pour pouvoir participer.

Petit aléa (gros aléa ?), une des drosses de barre détoronnée ne passe plus dans sa gaine. Nous avions prévu de la changer bientôt, un câble tout neuf est déjà dans les bagages de Françoise et Jean, mais nous ne pensions pas avoir à la démonter avant. Impossible de la remettre en place. Sans le nouveau câble, nous n’avons plus de barre, du moins elle n’est plus reliée au safran. Coincés à Quinta do Lorde jusqu’à l’arrivée des grand-parents dans deux semaines ? A 67 € la nuit, certainement pas. Antoine me dit que nous n’avons qu’à naviguer sous pilote. Aristide est réparé et branché directement sur le secteur de barre sans passer par les drosses. Oui, et la manœuvre de port ? On la fait au pilote ? Nous n’avons qu’à brancher la barre de secours. Entendez par là, un tube métallique fixé en direct sur le secteur de barre. C’est plutôt drôle comme idée, notre 45 pieds de 11 tonnes avec une petite barre franche, ça va amuser les enfants. Va pour la barre de secours pour sortir du port, puis la navigation sous pilote automatique. C’est fou, nous sommes arrivés après trente heures à la barre faute de pilote, et n’avons plus de barre du fait d’avoir réparé le pilote.